Western Australia

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De retour de Thaïlande, j’ai passé deux semaines sur la côte ouest de l’Australie, beaucoup moins touristique que la côte est de par son isolement et son climat aride et agressif. « Western Australia » est en fait l’état le plus aride du pays le plus aride, le plus chaud, le plus déshydraté du monde. Sa capitale, Perth, est la capitale la plus isolée au monde, avec à l’ouest 8000 km d’eau salée et à l’est 2700 km de terre aride. La plupart des Australiens n’y sont jamais allés. L’itinéraire choisi devait nous permettre de longer la côte pour admirer des plages quasiment désertes au sable blanc et à l’eau turquoise, mais également de passer par l’Outback, l’intérieur de l’Australie, une aventure qui me tenait vraiment à cœur. J’ai trouvé mes deux compagnons de voyage via une annonce internet quelques semaines avant le départ… Tout semblait parfait mais un détail colossal m’avait échappé… elles étaient allemandes. Non pas que j’ai quoi que ce soit contre les allemands, mais disons qu’on n’a pas vraiment la même conception de « l’aventure ». Celles-ci, en tout cas, détestaient les imprévus, stressaient exagérément dans des petites situations galères et sur-anticipaient toute infortune potentielle… Il a par exemple fallu acheter une carte routière détaillée alors qu’on avait au moins 20 cartes gratuites et que, de toute façon, il n’y a qu’une seule route sur la côte ouest. Il a aussi fallu acheter un deuxième bidon d’eau de 10 litres alors que le premier était encore rempli… Pour moi qui suis plutôt une adepte de l’aventure au sens d’Alain Séjourné, « Sans l’incertitude, l’aventure n’existerait pas » et de Sylvain Tesson « L’aventure est destinée à vous mettre en permanence dans des situations de péril auxquelles vous apportez les armes que l’expérience vous a données »… on peut dire que ça n’a pas trop collé. Et c’est sans évoquer encore leurs régimes alimentaires puisque l'une était végétarienne tandis que l’autre n’avait pas encore dépassé sa néophobie alimentaire à l’égard des oignons (et vous vous rendrez vite compte en étudiant les étiquettes qu’il y a des oignons dans tous les plats délicieux). Quoi qu’il en soit, nous voilà coincées à trois dans un campervan de location pendant deux semaines. Voici le récit de quelques morceaux choisis de notre beau voyage… 

Le désert des Pinnacles et les stromalites

Notre premier arrêt fut le désert des Pinnacles, dans le Namburg National Park, qui offre un panorama exceptionnel. Des milliers de pierres jusqu’à 3,5 mètres de haut aux formes variées se dressent aléatoirement sur un désert de terre orange. Ces pierres formées sous la terre il y a 500.000 ans sont un véritable mystère pour les scientifiques. Presque tous les aspects géologiques liés à leur formation sont controversés. 

J’ai dû insister un peu pour qu’on s’arrête un peu plus loin au bord d’un lac à priori sans intérêt, mais qui accueillait des stromatolites, les premières structures organiques apparues sur terre.  Je n’ignorais pas qu’il n’y avait en fait pas grand-chose d’autre à voir que de grosses masses irrégulières évoquant d’énormes bouses de vache… mais peu m’importait, Bill Bryson avait réussi à me captiver pour les stromatolites dans son livre « Down Under ». Les stromatolites sont visibles aujourd’hui telles qu’elles étaient il y a plus de 3 milliards d’années. Elles ont ceci d’important qu’elles ont contribué à augmenter le niveau d’oxygène terrestre suffisamment pour permettre le développement d’organismes plus complexes, comme vous et moi.  Et il n'y a que deux autres régions où on peut les observer: une en Australie et une sur un récif de Corail des Bahamas presque inaccessible. "C'est véritablement un voyage dans le temps et si notre monde appréciait les vraies merveilles de la nature, ces stromatolites seraient aussi célèbres que les pyramides d'Egypte" disait Richard Fortey, un scientifique britannique.

Yanchep Beach et les requins

Un matin, nous avons pris notre déjeuner sur une plage du nom de Yanchep Beach, et n’avons pas pu résister à une petite baignade matinale.  Nous l’ignorions encore mais la même plage a fait parler d’elle quelques jours plus tard pour avoir reçu la visite inopinée et spectaculaire de 50 requins, atteignant parfois jusqu’à 2,5 mètres, se nourrissant d’un banc de boissons, à 700 mètres de la plage.  L’article que j’ai pu lire sur le sujet traite essentiellement de la « chance » que les australiens ont d’abriter une vie sous-marine aussi palpitante, avec une ligne à la fin du papier indiquant que « les gens n’e doivent pas être préoccupés par ce nombre incroyable de requins près de la plage ». Preuve, s’il en fallait encore une, de la manière déconcertante dont les Australiens appréhendent les créatures meurtrières de leur pays…

Geraldton et l’invasion des mouches

Nous avons fait étape à Geraldton, seule ville à posséder plus d’un carrefour avec feux de signalisation et même un McDonalds sur 1000 kilomètres. Geraldton fut aussi la première station où sont apparues ces petites bêtes à priori inoffensives mais qui gâchent littéralement la vie… les mouches australiennes. Un véritable fléau ! A chaque pas posé dehors, nous étions pris d'assaut par un nuage de mouches acharnées et infatigables qui vous font agiter les bras dans tous les sens jusqu’à épuisement. Au point où nous n'avons pas hésité à nous offrir le luxe d'un inesthétique couvre-chef à motif militaire pourvu d’un filet anti mouche couvrant entièrement le visage…

La région a par ailleurs été le théâtre d’un des plus grands massacres de blancs de l’histoire australienne, ainsi que le débarquement des tous premiers Australiens blancs, comme j’ai pu l’apprendre dans le livre de Bill Bryson. Cherchant à gagner l’Indonésie, le capitaine hollandais Fransisco Pelsaert et son équipage ont buté sur une des îles Abrolhos, à quelques kilomètres de Geraldton. Parmi les 360 personnes à bord, seulement 200 réussirent à gagner le rivage… Quand Pelsaert décida d’embarquer dans une chaloupe avec quelques hommes pour tenter de gagner Batavia à la rame, il confia la responsabilité des survivants à un certain Jernimus Cornelisz. Pas de chance, on ignore s’il était fou ou fanatiquement religieux, mais il a massacré avec ses acolytes presque tous les survivants, hommes, femmes et enfants. Lorsque Pelsaert retourna sur l’île après avoir atteint miraculeusement Batavia, il fit pendre Cornelisz et six de ses complices, les autres furent fouettés ou enchaînés dans la cale pour être ramenés à Batavia et subir un juste châtiment. Mais pour des raisons qu’on ignore, Pelsaert prit la peine de débarquer sur le continent deux de ces matelots, Wouter Looes et Jan Pelgrom. C’était en novembre 1629. Ce qu’il advint d’eux, nul ne le sait, mais une chose est sure : ils furent les premiers Australiens blancs. Aujourd’hui, une reproduction du Batavia et un musée retracent cette immense mutinerie.

Monkey Mia et Coral Bay

L’étape suivante était Monkey Mia, un centre touristique populaire pour ses dauphins qui viennent chaque jour divertir les touristes. Arrivées à 7h du matin (j’étais avec des allemandes, rappelez-vous), nous avons ainsi pu interagir avec les dauphins sur une plage quasi-déserte… un rêve  qui se réalise. En m’intéressant un peu plus à ceux-ci, j’ai été ravie d’apprendre qu’un des dauphins, une femelle en fait, portait le charmant nom de Nicky… La pauvre a malheureusement perdu la quasi-totalité de sa progéniture, incapable de chasser à cause de la nourriture reçue quotidiennement par les touristes.

Monkey Mia, tout comme nos deux étapes suivantes, Coral Bay et Turquoise Bay, est classé par l’UNESCO comme héritage mondial, notamment grâce à la barrière de corail accessible à la nage depuis la rive, permettant une expérience de snorkeling extraordinaire. Tortues, dauphins, raies mantes, baleines, dugangs, requins, plus de 500 espèces de poissons dont plusieurs sont en voie de disparition et ne peuvent être trouvées nulle part ailleurs. Pour ne rien gâcher, l’eau est totalement transparente et les plages de sable blanc sont presque désertes. 

Karijini National Park et l’Outback

Après longue réflexion, nous avons décidé de nous aventurer un peu plus dans l’Outback pour visiter le Karijini National Park. Sachant qu’il nous était interdit de voyager dans cette zone avec notre van de location, il valait mieux que tout se passe sans incident. Mais après s’être enfui dans les terres sur quelques centaines de kilomètres, nous voilà déjà face à des éclairs très localisés annonçant l’orage, et des panneaux toutes les dix minutes indiquant que la route est sujette aux inondations… imaginez la panique de mes compagnes allemandes, visiblement peu habituées à ce genre de situation périlleuse.

En ce qui me concerne, j’étais beaucoup plus inquiète par une brochure sur le Karijini National Park indiquant que « les dingos (à savoir, des chiens sauvages) sont communs dans le parc. Ils ont appris à fouiller la nourriture et peuvent devenir agressifs. Ne nourrissez jamais les dingos et supervisez vos enfants, marchez en groupe et rangez votre nourriture dans votre véhicule ». Lorsqu’on est déjà effrayé par un chihuahua, je peux vous assurer que je n’étais pas tranquille à l’idée de croiser un de ces chiens sauvages de l’Outback.

Mais les dingos ne sont pas les seuls dangers de l’Outback. Peu d’australiens s’y sont aventurés. L’Outback est un univers impitoyable où il vaut mieux éviter de se perdre ou de tomber à court d’essence et d’eau potable. Beaucoup d’explorateurs et même des touristes mal préparés en sont morts. Ce n’est pas le cas d’Ernest Giles, qui a dû dévorer vivant tout cru un bébé wallaby pour s’en sortir. Sur des kilomètres, on ne trouve que des petits arbustes rachitiques et une terre sèche couverte de poussière rouge, le tout sous une chaleur indescriptible. De temps à autre, on tombe avec plaisir sur un « roadhouse », une station d’essence, ou même sur un robinet isolé au milieu de nulle part. On y trouve aussi des noms de sites inquiétants comme le Mont Sans Espoir (Mount Hopeless) ou le Détour Inutile (Useless Loop)…

Le trajet s’est néanmoins passé sans encombre, même si nous avions l’impression de nous envoler à chaque road trains (des camions gigantesques) que nous croisions, qu'on se fesait escroquer à chaque station d'essence (une bouteille d'eau à 8 dollars) et que nous avons manqué d’écraser une dizaine de kangourous. Tous s’en sont sortis indemnes. On ne peut pas en dire autant de la pauvre chauve-souris retrouvée un matin sur notre pare-brise.

Bref, le Karijini National Park, avec ses gorges et ses cascades magnifiques sans un seul touriste à l’horizon, est un parc perdu au milieu du désert, qui se mérite.  Et ce, jusqu’au bout, vu qu’il nous a fallu aussi escalader des canyons sans équipement, traverser des ruisseaux et éviter les araignées et les lézards avant d’arriver à destination.

Il me tenait à cœur de passer par Kalgoorlie sur le chemin du retour mais nous étions à court de temps et mes partenaires n’avaient pas vraiment l’air intéressées par la perspective de se retrouver dans une ville minière isolée à l’entrée de la plaine de Nullarbor, un immense espace désertique et meurtrier, et habitée à 90% par des hommes...  les 10% restant étant des prostituées qui servent en sous-vêtements dans les nombreux pubs glauques de la ville.  

Perth et Freemantle

J’ai eu un véritable coup de cœur pour Freemantle, petite bourgade au sud de Perth, qui ressemble un peu à Disneyworld, avec des bâtiments colorés de style victorien construits durant la période de la ruée vers l’Or et une atmosphère très décontractée. Quel plaisir de flâner dans les cafés bobos, les boutiques artisanales, les vieux disquaires ou les bouquineries de seconde main.

 Il faut dire que j’avais alors grand besoin de me relaxer car le voyage avec mes deux partenaires allemandes commençait à prendre une tournure désastreuse. Non seulement l’entente n’était plus bonne du tout, mais en plus on s’apprêtait à passer la nuit en tant que SDF car aucune auberge de jeunesse dans les environs n’avait de chambres libres. La journée avait déjà mal commencée lorsque la batterie de notre van s’était totalement épuisée au réveil (phares restés allumés par erreur pendant la nuit), puis la tension avait monté d’un cran lorsqu’on a rendu notre van et qu’on a dû payer 500 dollars (après longue négociation) pour un pare-brise arrière cassé (alors qu’on avait pris une assurance complète)… On n’aurait jamais pu imaginer en se retrouvant assis avec tous nos sacs vers 17h dans un parc de la banlieue de Perth à organiser nos veilles pendant la nuit, que deux heures plus tard on se retrouverait à siroter un coca-cola et déguster un délicieux Chicken Tikka Massala dans les murs de la confortable maison d’un couple d’indiens adorable avec qui j’avais longuement discuté deux semaines plus tôt dans l’avion après qu’ils m’aient proposé un chocolat.  En plus de nous loger et nous nourrir, ils nous ont même emmenés visiter Kings Park, le plus grand parc public au monde, et nous ont conduits à l’aéroport. Et tout cela grâce au chocolat. Désolé maman, mais je ne refuserai plus jamais un morceau de chocolat…  

 


 

Les animaux d'Australie

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Au cours de mes aventures, j’ai évidemment croisé la route de plusieurs animaux typiquement australiens, plus ou moins dangereux. Il faut savoir que 80% de ce qu'on trouve en Australie dans le règne animal n'existe nulle part ailleurs. Les emblèmes nationaux sont évidemment les koalas, les émeus et bien sûr les kangourous, ces derniers étant deux fois plus nombreux que la population australienne… et il m’a pourtant fallu 3 mois avant d’en croiser un ! Depuis lors, j’ai eu l’occasion d’en saluer de nombreux, mais jamais avec un bébé dans la poche (un des derniers points pas encore barrés dans ma liste).

J’ai aussi pu rencontrer de nombreux koalas sur la Kenneth River. Ces gros nounours nichés dans des eucalyptus sont des créatures étonnantes de par leur imperturbable léthargie ! Ils passent leur journée à dormir et toute tentative pour les réveiller, comme nous l’avons expérimenté à l’aide de notre bâton, résulte dans le plus excitant des cas, à ce qu’il lève un œil brièvement et avec lassitude qu’il referme immédiatement. Au moins, il est facile à prendre en photo ! Difficile de croire l’histoire de Kenneth Cook dans « Le koala tueur » où le pauvre gars s’est fait agresser par un koala en s’agrippant à son ventre par la seule force de ses dents et de ses griffes.

Le ciel australien est habité par des animaux originaux, comme les cockatoos qui adorent se poser sur le bras des touristes dans le Jardin Botanique de Sydney, les kookaburras connus pour leur chant qui ressemble plus à un rire moqueur, ou encore ces énormes chauve-souris qui vivent la nuit.

Mais la faune australienne est surtout réputée pour être extrêmement hostile. Le pays possède plus de bestioles tueuses que le reste du monde. Parmi les 10 serpents les plus venimeux de la création, tous sont australiens. J’ai pu rencontrer entre autre le taïpan, qui possède un venin cinquante fois plus mortel que celui du cobra, et le serpent noir, aussi connu sous le nom de Pseudechis, un serpent dont les morsures sont mortelles, et qui se baladait gentiment dans un café du Queensland, où je prenais un repas. J’ai ainsi pris conscience que les Australiens ont une façon bien à eux d’appréhender les dangers de la nature. Ils se trouvaient à quelques mètres d’un serpent pouvant leur infliger la mort et sont restés d’un calme déconcertant. « Ils ont plus peur de nous que nous n’avons peur d’eux, ça ne sert à rien de paniquer ». Dans le Lonely Planet, ils poussent même le bouchon jusqu’à vous conseiller d’observer de quelle variété de serpent il s’agit pour pouvoir vous affecter l’anti-venin adéquat en cas de morsure…  comme si à proximité d’une telle bestiole j’allais perdre mon temps à en étudier les caractéristiques anatomiques.

Les araignées sont également des créatures omniprésentes en Australie. Avant d’atterrir à Perth, une dame dans l’avion avec qui j’ai discuté m’a conseillé de toujours vérifier dans mes chaussures si une araignée à dos rouge ne s’y est pas glissée. « C’est très courant et une piqure peut vous rendre très malade »… encore un bel exemple de l’attendrissant relativisme australien lorsqu’on sait que l’araignée rouge peut en réalité vous infliger des souffrances abominables. « Elle peut entraîner en quelques minutes des convulsions de douleur, une abondante sécrétion de tous les fluides corporels et éventuellement, en l’absence de secours médical rapide, la mort du sujet ». Des centaines de morsures sont enregistrées chaque année, avec environ une douzaine de morts.

Et il faut même se méfier d’animaux aussi minuscules que les moustiques, qui dans les régions tropicales du Queensland notamment peuvent vous transmettre la fièvre de dengue, une affection virale provoquant mal de tête et fièvre, et jusqu’à la mort dans certains cas « rares et sévères ». Si je juge bon de l’évoquer ici c’est parce que j’ai bien cru avoir été contaminée lorsque je me suis réveillée un matin avec un mal de tête abominable et que j’avais compté la veille 29 piqures de moustique sur mon corps…  

Même d’inoffensives plantes peuvent vous infliger une sensation de brûlure douloureuse qui peut durer des mois par simple contact, comme le Dendrocnide moroides, que j’ai croisé dans les forêts tropicales du Queensland. La plante a même déjà fait une victime humaine.

Quant aux profondeurs sous-marines, il est étonnant de constater que sur toute la côte nord-est à partir de la Grande Barrière de Corail, les plages sont totalement désertes. Car se baigner dans ces eaux magnifiques est faire preuve d’un comportement plus que téméraire. Personne, même pas les Australiens, n’ose s’aventurer dans ces eaux hostiles infestées de méduses-boites, ici connues sous le nom de « stingers », et décrite dans le livre de Bill Bryson comme « la créature la plus venimeuse de toute la création », capable de vous infliger une mort instantanée dans d’atroces souffrances.

Et je n’ai même pas encore évoqué les requins et les crocodiles, ces prédateurs dont les attaques sont dans presque tous les cas fatales. Les crocodiles d’eau salée sont extrêmement féroces et tuent en moyenne une à deux personnes par an. Ils ont été tellement parfaitement programmés pour tuer qu’ils n’ont pas eu besoin d’évoluer depuis 200 millions d’années. Le plus inquiétant est qu’en général, les crocodiles vous prennent par surprise. Il suffit de gentiment patauger dans quelques centimètres d’eau ou même d’être assis sur la rive quand soudain vous vous retrouvez emportés et tranquillement dévorés sans avoir eu le temps de pousser le moindre cri.

Bref, il ne me reste plus qu’un mois à survivre dans cet incroyable pays… souhaitez-moi bonne chance ! 

 



Les aborigènes

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Il est temps d'aborder un des grands tabous de l'histoire australienne: les aborigènes. Il est courant de croiser quelques aborigènes en ville, reconnaissables par leur peau très foncée (ce qui, bizarrement, n'induit pas forcément des cheveux foncés... certains aborigènes sont étonnament blonds) et souvent ravagés par la drogue et l'alcool, déambulant en rue comme des épaves. Comme tout local, je me suis habituée à détourner mon regard à leur passage.  Les aborigènes sont devenus invisibles aux yeux de tous. Une gêne, une tache honteuse dans l'histoire australienne.

Déracinés de leur terre natale, vicitmes de massacres et de maladies apportées par les colons lors de leur arrivée au 18ème siècle, les premiers habitants de l'Australie, présents depuis 60.000 ans, n'étaient même pas inclus dans le recensement de la population jusqu'à il y a 40 ans.  L'Etat exercait un contrôle total sur leur vie, créant des réserves où ils devaient vivre. 

Jusqu'en 1970, une loi permettait même d'arracher les enfants aborigènes de leur famille et de leur communauté pour les intégrer aux familles blanches. C'est ce qu'on appelle aujourd'hui la "Génération volée". 100.000 enfants ont été enlevés, dont de nombreuses jeunes filles formées pour devenir des femmes bonnes à marier avec des hommes blancs, dans l'espoir qu'à travers les marriages mixtes, le sang aborigène serait dilué. Les enfants issus de ces marriages étaient appelés sangs mixtes (ou sangs mêlés... comme dans Harry Potter)! Lorsqu'ils retrouvaient leur famille, ils étaient devenus des étrangers dans leur communauté et souffraient d'effets psychologiques liés à la perte de leur famille et de leur culture.  Ce n'est qu'il y a tout juste 4 ans, le 13 février 2008, que l'Etat a finalement rendu des excuses publiques aux aborigènes pour la Génération volée.  

Aujourd'hui, la question aborigène reste très préoccupante. Leur espérance de vie est toujours 20 fois moins élevée que la moyenne nationale. De nombreuses initiatives tentent désespérément de les intégrer dans la société. J'ai récemment eu l'occasion de visiter un rare exemple d'intégration réussie, au Karijini National Park, en Australie Occidentale. Les aborigènes jouent un rôle clé dans la gestion du parc.  La plupart du personnel est aborigène. Leur participation apporte une valeur inestimable au management puisqu'ils ont une parfaite connaissance de leur terre, savoir transmis de génération en génération... à travers le chant. 

C'est ce qui rend la culture aborigène aussi fascinante.  Les "songlines" sont particulièrement troublantes. Un ensemble de chants sacrés, souvent accompagnés au didgeridoo, expliquant comment la terre a été créée et comment les différentes formations rocheuses sont nées.  J'entends par là TOUTES les formations rocheuses. Ainsi, la totalité de l'Australie peut être lue comme une partition musicale. Les aborigènes peuvent reconnaître n'importe quel élément naturel grâce au chant, et savent toujours exactement où ils se trouvent.  Dans "Le chant des pistes" de Bruce Chatwin, un aborigène explique les problèmes qu'ils rencontrent avec les compagnies ferroviaires. "C'est une chose de convaincre un topographe qu'un amas rocheux était les oeufs du Serpent arc-en-Ciel ou qu'un gros bloc de grès rougeâtre était le foie d'un kangoureu transpercé d'une flèche. Il en allait autrement quand il fallait persuader les compagnies ferroviaires qu'une bande de gravier sans traits distinctifs était l'équivalent musicale de l'opus 111 de Beethoven". 

 

 


 

Melbourne, la Great Ocean Road & Adelaide

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Conduire un van hippie en longeant l'océan, faire des BBQ et se réveiller chaque matin devant une plage magnifique (et ses surfeurs sexys), traverser des forêts d'eucalyptus aux branches desquels s'accrochent des koalas, s'arrêter au bord d'un lac d'un bleu intense et courir sans réfléchir à travers un désert de sable blanc au crépuscule dans l'espoir d'atteindre la mer avant le coucher du soleil... voilà ce que fut mon quotidien pendant une semaine. C'était en février dernier, lorsqu'on a loué un van avec deux amies françaises pour faire Melbourne-Adélaïde en passant par la célèbre Great Ocean Road.

Bon, j'imagine que vous êtes dégoutés. C'est parce que je compatis qu'exceptionnellement, je vais aussi vous raconter l'envers du décors. Car j'omets bien sûr volontairement de vous dire qu'un tel voyage en van s'accompagne aussi de réveils à 5h du matin par un policier pour nous taxer d'une amende de 125 dollars pour avoir dormi dans un lieu public ; de conduite pendant des heures dans un paysage monotone de bush et de terre ou sur des routes tortueuses où les virages taillés dans la falaise sollicitent toute votre attention et rendent impossible de profiter de la vue ; de kangourous qui débarquent à tout moment de nulle part car ils adorent gambader à travers l'autoroute à la tombée de la nuit ; de jours consécutifs où il est impossible de trouver une douche (de quoi confirmer le tag "smelly hippies" qui décorait notre van) ; de fouille paniquée à la recherche de clés perdues (et finalement retrouvées dans la poche de mon gilet); d'essuie glaces qu'on déclanche par erreur à chaque tournant alors qu'on veut mettre son clignoteur (et oui, quand on conduit à gauche, tout est inversé) ; de coupures d'eau dans des campings aborigènes miteux lorsqu'on a les cheveux pleins de shampooing, ou encore de vans qui se retrouvent embourbés dans le sable et impossibles à dégager sans l'aide de tous les locaux à proximité. Et je ne parle même pas du temps passé à trouver un poste radio qui fonctionne sans grésiller et qu'on n'ose plus changer même quand il diffuse des chants lyriques ou des vieux tubes ringards.

Mais tout ça est au fond ce qui pimente le voyage. Un voyage qui a débuté à Melbourne, ville éclectique qui ne m'a pas charmé (mais je ne lui ai pas vraiment donné sa chance avec 2h pour la visiter). Il est bien connu que ceux qui aiment Sydney détestent Melbourne et vice versa. Historiquement, les deux villes ont toujours été en concurrence, y compris lorsqu'il a fallu décider quelle serait la capitale de l'Australie. Pour éviter qu'elles ne se disputent la suprématie, on décida de fonder une capitale quelque part dans le bush dans une petite communauté agricole difficile d'accès, entre Melbourne et Sydney, du nom de Canberra.

Une fois quitté Melbourne, on se retrouve rapidement sur la Great Ocean Road, une route sublime qui longe l'océan et qui a curieusement été construite après la Première Guerre mondiale pour donner du travail aux anciens combattants. La Great Ocean Road est essentiellement connue pour ses 12 apôtres, des rochers qui se dressent au milieu de l'eau, et les restes de son pont naturel qui s'est effondré d'un coup en 1990, isolant d'un côté deux pauvres touristes abasourdis mais miraculeusement indemnes. La côte est aussi tristement célèbre pour ses naufrages, dûs à ses violents courants et ses brouillards (supposons que la mer se retire, on pourrait ainsi distinguer 1200 épaves !)

Sur notre route , nous sommes passés par la petite ville de Kingston dont l'attraction principale est la Langouste Géante. Avec ses 17 mètres de haut, cette structure en fer en forme de langouste est à la fois impressionnante et ridicule. Cette manie typiquement australienne de créer des "choses géantes" dans des endroits dénués d'intérêt a pour but d'inciter les touristes à faire une halte dans un café avoisinant. On recense ainsi plus de 60 d'entre elles, incluant la Grande Crevette, le Grand Koala, la Grande Huître, la Grande tondeuse à gazon ou encore la Grande Orange.

Avant d'atteindre Adélaide, nous nous sommes régalés des grappes de raisins de la Barossa Valley, une des nombreuses régions de l'Australie connue pour ses vignobles (le pays compte pas moins de 1500 domaines viticoles).

Le voyage s'est terminé par la visite d'Adélaïde, ville méconnue de par son isolement (au sud, des milliers de kilomètres d'océan jusqu'à l'Antarctique et au nord un immense désert torride) mais qu'on a trouvé charmante avec ses édifices de style victorien, ses nombreux parcs et églises, la rivière Torrens qui la traverse et quelques statues amusantes telles que des cochons en fer qui fouillent des vraies poubelles. Et chose exceptionnelle pour une grande ville australienne : la bière à 2 dollars pendant l'happy hour ! Bill Bryson résumait bien le triste sort d'Adélaïde : "Elle est pour l'Australie ce que l'Australie représente pour le reste du monde: un endroit de très bonne réputation mais si éloigné qu'on finit par oublier son existence".

Et puisque tout voyage est aussi l'occasion de goûter de nouvelles saveurs, nous avons aussi testé à Adélaïde ce qui nous a été présenté comme la spécialité australienne : un schnitzel recouvert de fromage et de sauce tomate. Soyons tolérants, il n'est pas facile d'inventer une spécialité nationale et considérons nous même chanceux qu'ils aient préférés copier les allemands plutôt que de tenter un plat à base de végémite.


 

Les australiens

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Après trois mois d'observation,  j'ai pu analyser à plusieurs reprises l'espèce australienne aussi connue sous le nom de Aussie, à prononcer Ozie. J'imagine que vous avez tous l'image de ces beaux surfeurs musclés ou de ces ruraux virils aimant vivre dans les grands espaces, travaillant dur dans leur ferme et affublés d'un chapeau Akubra à la Crocodile Dundee. Sans oublier leur jargon du bush qui semble n'avoir aucun sens et leur accent épouvantable dont les mauvaises langues racontent qu'il provient du fait que les australiens n'ouvrent pas la bouche pour parler de peur d'avaler des mouches.  

Il suffit d'analyser les paroles de la ballade la plus populaire d'Australie, Waltzing Matilda, hymne national officieux, pour se rendre compte que les Australiens viennent véritablement d'un autre monde. 

Once a jolly swagman camped by a billabong
Under the shade of a coolibah tree,
And he sang as he watched and waited till his billy boiled
"You'll come a-Waltzing Matilda, with me."

http://www.youtube.com/watch?v=eXlBN_mAwLE&feature=related

Traduction : Il était une fois un swagman qui campait dans un billabong, à l'ombre d'un collibah, et il chantait en regardant bouillir son vieux billy. Qui viendra faire valser sa Matilda avec moi?".  

Vous n'avez rien pigé? Bon, voici une petite leçon d'australien pour vous permettre de saisir les paroles. Un billabong est une sorte de mare, un swagman est un voyageur itinérant, un billy est une sorte de pot en métal qui sert à faire bouillir de l'eau, un coolibah est un arbre et Matilda est une couverture. Maintenant, si j'emprunte les mots de Bill Bryson dans Down Under, vous pouvez vous poser la question à savoir "pourquoi le swagman a choisi de camper dans une marre (personnellement je préférerais camper juste à côté), pourquoi désire-t-il faire valser sa couverture et pourquoi aurait-il besoin que quelqu'un ou quelque chose (dans le couplet suivant, il parle d'un mouton, ça promet) l'accompagne dans cette activité bizarre et sans doute dépravée, voilà des questions qui n'ont jamais eu de réponse. "

Bon, si vous voulez la vérité, je n'ai encore rencontré aucun australien de cette espèce, bien que l'outback doit encore en abriter de nombreux. Les citadins de Sydney n'ont plus rien à voir avec ce vieux cliché et ils ressemblent à n'importe quel banal occidental. En 20 ans, les chiffres de l'obésité sont montés en flèche. 40% des adultes sont désormais obèses. Vraisemblablement une des conséquences de la consommation d'alcool, l'Australie étant le quatrième pays consommateur de bière, avec une moyenne de 108 litres par personne par an (ils sont donc pires que nous puisque nous ne sommes que 8èmes) et de barbecues. Car le "barbie" est ici une institution, et attention,personne ne vous comprendra si vous demandez du ketchup, plus connue ici sous le nom de sauce tomate (de quoi épouvanter n'importe quel amateur de vrai sauce tomate). La tenue du dimanche est inévitablement composée des tongs, qu'on appelle ici "thongs" et non "flip flop" comme aux USA... Et ne faites pas l'erreur de demander à un américain s'il n'a pas vu une de vos "thongs", car cela reviendrait à lui demander s'il n'a pas vu un de vos strings.    
Quand à leur personnalité, il m'est encore difficile de tirer des conclusions générales même si le mot sympathique est clairement approprié. Vous avez déjà vu un pays où tout le monde, même les vendeurs, vous demandent systématiquement comment vous allez avec un grand sourire et une impressionnante sincérité ?